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IT en Inde : Mythes ou Réalité

 

Par Elise CAMBOURNAC

CCEF Section Inde

Président & CEO  ITTI Pvt. Ltd.

 

 

 

 

L'une des premières images qui surgit à l'esprit lorsque l'on parle de l'Inde est son secteur de l'informatique et ses petits génies du logiciel. Il est vrai que l'IT en Inde constitue plus de 5% du PIB (environ 76 milliards de dollars en 2010, soit plus de 2 fois le revenu annuel de la Chine dans ce secteur), avec plus de 2.5 millions d'emplois directs ou indirects et une croissance annuelle d'environ 25%.

Le secteur IT s'est vu propulse au niveau mondial dans les années 1990s après la dérégularisation et le lancement des entreprises d' « outsourcing » aux Etats-Unis telles qu'Infosys ou Wipro. Ces entreprises américaines (dont la plupart sont quottées au NASDAQ) sont en fait devenues, de part leur méthodologie, éthique et façon de faire, des colosses de l'outsourcing et de l'IT a bas-prix. Même si américaines, ces entreprises ont basés leur business model sur le fait que les ingénieurs indiens - tout aussi qualifiés que leurs homologues américains ou européens - coûtent 3 a 5 fois moins cher que les employés locaux. Le terme « labor arbitrage » était tout ce que les clients de ces entreprises recherchaient : un travail de qualité, à la hauteur de ce qui se fait aux Etats-Unis, mais à un prix dérisoire de 20 a 25% du prix local.

Des conglomérats tels qu'Infosys ou Wipro font souvent parler d'eux dans les médias et sont les fers de lance de cette industrie qui représente le bas coût et le summum d'une éducation que l'on encense maintenant partout. Les multinationales ont suivi de près et des entreprises telles que IBM, HP, Intel ou CISCO contribuent également énormément à la croissance de ce secteur.

Ces géants de l'Outsourcing sont peu connus en France. Il a fallu par exemple queCognizant (#3  de l'outsourcing) acquierre une entreprise française de 30 personnes afin de se démarquer - ou essayer - sur le territoire français. Les entreprises d'outsourcing sont très anglo-saxonnes et font 75 à 90% de leur chiffre d'affaire aux US. L'Europe arrive au second plan et l'Asie Pacific en dernier.

Tout en gagnant des parts de marchés énormes aux US et en Europe, ces entreprises auraient elles mis en avant des atouts « négatifs » du secteur IT en Inde ?

Le protectionnisme et conservatisme français, sans parler de la barrière de la langue encore souvent, ajoutés aux lois du travail très strictes, ne permettent pas aux entreprises françaises de se lancer dans l'outsourcing de leur IT avec la même vitesse et ampleur que leurs compatriotes américains.

Par contre, existe-t-il un moyen d'en bénéficier ? Est-ce que cela vaut le coup ? Est-ce que l'inde est vraiment l'Eldorado de l'IT ?

La réponse... et bien... cela dépend ! Cela dépend de la conjecture, de l'environnement, de l'attitude des dirigeants vis-à-vis de l'Inde et des besoins de l'entreprise. Il y a beaucoup à gagner, mais il faut savoir jouer de ses atouts et éviter les pièges.

Nos sociétés européennes font toujours face à beaucoup de challenges : une forte inflation des salaires, la difficulté d'identifier et de conserver les talents au sein de la société, un système éducatif très disparate qui font que les efforts de mise en place et de suivi restent conséquents.

L'Inde produit près de 500,000 ingénieurs par an, dont 25 à 30% parlent anglais. Les élites viennent d'écoles d'ingénieur telles que l'Indian Institute of Technology (IIT) ou l'Indian Institute of Management (IIM) pour les écoles de commerce. Parfois plus difficiles à obtenir que Harvard ou MIT, ces écoles coutent aussi cher et ne sont donc pas accessibles à tous. Avec seulement 80 millions d'utilisateurs d'internet en Inde en 2010, une très grande part de la population conserve un niveau d'éducation très faible et découvre souvent les nouvelles technologies sur le tard.

De nombreux instituts, écoles ou facultés délivrant des diplômes d'ingénieur prolifèrent mais ne correspondent pas vraiment aux standards occidentaux que nous attendons d'un ingénieur. Excellents pour des taches qui peuvent très techniques mais répétitives, ces employés maitrisant parfaitement la langue anglaise sont également un investissement à planifier en termes de formation parfois à effectuer en France. Les résultats sur des activités répétitives - calculs techniques, dessin de pièces industrielles, développement logiciel - sont excellents et très facilement réplicables , la croissance d'une équipe peut être extrêmement rapide, et la main d'œuvre disponible. Mais la structure des équipes doit prendre en compte les « défauts » des ingénieurs locaux. N'ayant pas les automatismes que nous attendons de nos ingénieurs - œil critique, analyse du besoin, architecture et design, gestion des risques - les équipes doivent être encadrées par des chefs de projets ou ingénieurs plus expérimentés dans une structure et des méthodes de travail bien « indiennes ».

L'attrition est également à prendre en compte très rapidement - il arrive dans certaines activités à forte compétition (aéronautique, logiciel) que l'on atteigne des taux d'attrition annuel de 50%. L'objectif a moyen terme d'un jeune ingénieur est de joindre une multinationale en Inde pour ensuite aller à l'étranger pendant un certains temps dans des pays tels que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. La politique RH et la gestion des talents et des connaissances est donc un point essentiel de la stratégie globale de la filiale indienne.

L'Association Nationale des Sociétés de Services et de Logiciel (NASSCOM) est un moteur de l'industrie extrêmement dynamique qui réunit l'ensemble des petits et grands de l'industrie autour de différents conclaves et forums, simule l'innovation et le développement des nouvelles technologies mais aussi représente une partie du secteur (PME) et défend leurs intérêts très fréquemment.

Même si l'industrie de l'IT est née à Mumbai en 1967 grâce à Tata, Bangalore, dans le sud de l'Inde, est la capitale des nouvelles technologies et est fréquemment surnommée la « Silicon Valley » de l'Inde. A elle seule, Bangalore contribue près de 33% des exports d'IT indiens. Mais de nouveaux hubs se développent, dont Pune, Chennai et Hyderabad, ainsi que dans des villes de rang 3 - et donc moins chères - telles Kochi, Coimbatore ou Ahmedabad. L'urbanisation de ces villes a été très rapide et s'est souvent soldée par un réseau de transport d'eau et d'électricité assez approximatif.

Les ingénieurs qui travaillent dans le secteur des nouvelles technologies ont de loin les meilleurs salaires de l'Inde. Les nouveaux diplômés sont embauchés à un salaire de 15 000 Rupees par mois (soit 230 Euros) alors que le salaire annuel moyen en Inde n'est que de 700 Euro. Dans un pays ou l'accès aux études supérieures est possible à tout niveau de la société mais très compétitive, cette nouvelle génération d'ingénieurs contribue fortement à la croissance de la classe moyenne indienne qui atteint déjà 50 Millions de personnes et qui est la tranche démographique avec la plus forte croissance en Inde. Selon certaines études cette classe moyenne pourrait atteindre 267 millions en 2016.

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