L'incroyable envolée des cours

 

Matière cotée à la bourse des matières premières, le cours du coton a connu ces trois dernières années des fluctuations sans précédent, du fait de plusieurs facteurs conjoncturels :

 

- Le climat : les moussons successives en Inde, Pakistan, Bangladesh ont été mauvaises, affectant de manière forcée la production de coton. Le Pakistan en particulier a connu des inondations à l'été 2010 dans la vallée de l'Indus détruisant des régions entières de champs de coton, ce qui a entraîné une baisse de 8% de la production locale.

 

- Les parasites : courant 2009, une attaque parasitaire dans le nord de la Chine, premier producteur mondial, et dans les pays de la C.E.I. (Ouzbékistan, Turkménistan proposent habituellement des prix très bas pour un coton de moins bonne qualité) a décimé des champs entiers de coton.

 

- Les subventions chinoises : en Chine par ailleurs, la mise en œuvre de subventions gouvernementales, destinées à inciter les agriculteurs à convertir leurs terres aux productions céréalières (céréales, riz...) au détriment de la culture du coton, a engendré un déficit de 500 000 balles (1 balle = 170kg) en 2009 par rapport à 2008, déficit qui n'a fait qu'augmenter depuis.

 

Le déséquilibre de la balance offre/demande s'étant aggravé depuis 2009, nous pouvons imaginer aisément une forte pression continue sur ce marché de commodité.

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Textile

Le secteur Textile en Inde

 

Par Céline BONNEMAISON

CCEF section Inde

Consultante Sourcing

 

 

 

 

 

 

Avantage n°1 : ses ressources cotonnières

Un des plus importants contributeurs de la balance commerciale entre la France et l'Inde reste l'exportation de textile-habillement indien. Est-ce aujourd'hui un secteur à privilégier ?

L'Inde a le grand avantage d'être et producteur et consommateur de textile ce qui lui procure un confort et une mainmise évidente sur ce secteur fort pourvoyeur d'emplois et d'exportations mais aussi une assise politique par rapport à son voisin le Bangladesh et, dans une autre mesure le Pakistan.

Avec 26 millions de balles de coton soit plus de 4,4 millions de tonnes sur la saison 2010-11, l'Inde assure à elle seule 22% de la production mondiale de coton. Le cumul de la production indienne avec celle des trois autres grands du secteur - les Etats-Unis, le Pakistan et la Chine - représente 70% de la production mondiale. Répartis sur l'ensemble du territoire agricole du pays, plusieurs « greniers à coton » se distinguent par une culture ancestrale. Le centre (Gujarat, Maharashtra, Madhya Pradesh) concentre à lui seul 62% de la production de coton, tandis que le Penjab, connu pour ses terres fertiles et sa production de céréales, et ses états voisins (Haryana et Rajasthan) en assurent 11%. Le plateau du Deccan et sud de l'Inde (Andra Pradesh principalement, Karnataka, Tamil Nadu, tous états qui attirent la majeure partie des usines de filatures, tissage, et couture) ne fournit que 26% du coton indien.

Des conditions idéales

L'environnement climatique de l'Inde reste propice à la culture du coton : ensoleillement et moussons récurrentes sont deux contributeurs essentiels à un cycle de récolte annuel de qualité. Par ailleurs, le positionnement du pays, proche de l'équateur, lui offre une qualité supérieure par la mise à disposition d'une matière première à longue fibre : ce coton permet d'obtenir des fils solides, qui cassent moins lors des opérations de filage et tricotage et donc ne ralentissent pas la productivité. Ces schémas restent cependant soumis aux  intempéries climatiques pouvant dérégler les plans de production et donc faire fluctuer rapidement le prix d'achat du coton. L'augmentation de la demande depuis 2009, tout comme certains éléments exogènes - dont la météorologie - ont un impact de plus en plus direct sur le cours du coton dont les évolutions n'ont rien d'un long fleuve tranquille depuis janvier 2010.

Relativement stabilisé sur le premier semestre 2010 à un niveau atteignant 70 - 75 roupies par kilo (environ 1,15 euro), les cours se sont envolés, à partir d'août 2010, vers des niveaux inconnus jusqu'alors. L'offre mondiale était insuffisante, les stocks trop faibles, il devenait donc difficile de répondre à un soudaine accroissement de la demande en habillement par les pays dits développés, en particulier pour les marchés export, autant d'éléments qui généra aussi une spéculation financière opportuniste. En mars 2011, le prix du coton atteignait des sommets, à 160 roupies par kilo.

Consciente de l'importance de cette production, l'Inde qui voit en son coton un véritable « or blanc », la soutient activement par une politique dédiée.

 

 

Avantage n°2 : le secteur textile-habillement

Début 2010, les fortes tensions constatées sur le marché de la matière première ont fait réagir  le gouvernement indien : il souhaite privilégier la consommation intérieure de cet « or blanc » par rapport à l'exportation.

De fait, face à une spéculation allant de bon train, les Chinois notamment se sont avérés prêts à tout pour disposer de suffisamment de coton satisfaire le soudain afflux de commandes dans leurs usines de textile-habillement. Les statistiques d'avril 2010, par exemple, reflétaient une croissance de 120% des importations chinoises de coton par rapport à l'année précédente. Souhaitant protéger son secteur textile-habillement, très pourvoyeur d'emplois, le gouvernement indien a pris les mesures lui permettant de conserver un nombre suffisant « de balles de coton » pour faire tourner ses usines. Au cours du premier semestre 2010, il a donc décidé d'interdire toute exportation de coton indien, créant ainsi des tensions diplomatiques inédites. Seule entorse à cette interdiction d'exporter, un deal temporaire « Oignon contre Coton » avec le Pakistan, qui avait subi des inondations catastrophiques et est, par ailleurs, gros producteur d'oignons. Ce « geste amical » envers son voisin permettait aussi à l'Inde de desserrer un peu la forte pression des prix pesant sur les produits de première nécessité et de résoudre une part de la « crise de l'oignon » de fin 2010, sachant que ce précieux légume reste le principal ingrédient de l'alimentation du sous-continent indien.

Tamil Nadu fief du textile

Les filatures se trouvent majoritairement dans le Sud, Erode (Tamil-Nadu)  étant le fief du « chaîne et trame », les usines de coutures sont elles aussi principalement localisées dans le Sud (Tamil-Nadu en tête) et certaines mégalopoles du pays : Delhi, Ludhiana, Mumbai. Ainsi, un peu comme un « village gaulois » posé au milieu de nulle part, Coimbatore, petite ville du Tamil Nadu, recèle à elle-seule plus de 4 000 usines de coutures. De cette petite ville posée au milieu de nulle part partent des tonnes de T-shirts des grandes marques teints, imprimés et cousus localement, qui sont expédiés du port de Tuticorin, autre petite bourgade du sud du Tamil Nadu, vers l'Europe et les Etats-Unis. La moitié Nord du pays, quant à elle, concentre la mise au point de l'habillement en chaîne et trame et du jersey ainsi que des produits textile en linge de maison (Panipat). Si on peut parfois regretter un manque de constance dans la qualité des produits, il faut reconnaître que les atouts de l'industrie textile indienne restent la qualité de ses matières, de ses imprimés et surtout de ses broderies faites à la main, si exceptionnelles.

Tandis que le « frère » bangladeshi profite de sa main-d'œuvre très bon marché pour faire tourner des usines de grande ampleur et fabriquer de grosses quantités de produits très basiques, l'Inde se concentre sur des quantités plus restreintes et des produits à plus grande valeur ajoutée (broderies, impressions et lavages particuliers, coton biologique ou Fair Trade). C'est la particularité de l'Inde et ce que recherchent les acheteurs, prêts à supporter près de 10% de droits de douane (avec GSP Form A), contre des droits réduits à 0% chez le voisin bangladeshi.

Contraintes indiennes

Le développement de l'industrie textile rencontre cependant quelques difficultés nouvelles, hors inflation sur la matière première. La mise en application de la loi pour la protection de la nature et l'interdiction de jeter les eaux usées, non-traitées dans la nature proche ont notamment affecté cette industrie. Les unités de teintures ont été contraintes de s'équiper d'un système de traitement des eaux, requérant des investissements importants et immédiats. La forte pression exercée par le gouvernement local et la confrontation avec les syndicats de cette industrie bloquent littéralement le flux de production depuis plusieurs mois. Fin 2010, les deux tiers des unités de teinture de la région de Coimbatore ont du cesser toute activité, créant une pression d'autant plus grande sur les tarifs pratiqués. Résultat : des files d'attente devant les unités de teintures, un retard de production, un comportement opportuniste et spéculatif augmentant brutalement les prix des produits manufacturés.

A ces difficultés, il convient d'ajouter les effets de la « loi des 100 jours », qui garantit un emploi pendant 100 jours, payé par le gouvernement à 100 roupies par jour, à tout adulte appartenant aux populations les plus vulnérables. Ainsi, dans les régions rurales, habituellement forts pourvoyeurs de main d'œuvre pour l'industrie textile, un report assez naturel des travailleurs s'opère-t-il sur ces « 100 jours » plutôt que dans l'industrie textile. Les pénuries de main d'œuvre locales ainsi générées ont poussé les fabricants à augmenter les salaires pour attirer les travailleurs dans les unités de production. Augmentation qui se surajoute à l'inflation générale des prix, mais aussi de l'augmentation des coûts de production, le pétrole permettant de faire tourner le générateur en palliatif aux nombreuses coupures d'électricité.

Si l'Inde est moins compétitive que le Bangladesh, qui bénéficie d'une main d'œuvre moins chère, elle arrive cependant à avancer ses pions sur l'échiquier mondial. A l'instar de ce que font les Chinois, elle privilégie sa demande intérieure, ce qui pousse les acheteurs mondiaux vers de nouvelles sources d'approvisionnement. Mais elle bénéficie d'une situation exceptionnelle en disposant d'une couverture globale de l'ensemble de la chaîne de production et logistique, de la culture du coton, en passant par la filature, la teinture, la couture, la finition, le packaging et l'inspection, jusqu'à l'expédition par voie maritime. Le Bangladesh quant à lui n'a pas ces ressources de matières premières (coton, polyester, viscose...) et est en état de dépendance totale vis-à-vis des producteurs de matières textiles, Chine et Inde en tête.