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Situation économique bilatérale

Inde : perspectives économiques et présence de nos entreprises


 

Par Jean LEVIOL

Ministre Conseiller pour les Affaires économiques

Service Économique Régional pour l'Inde et l'Asie du Sud

 

 

 

 

 

 

 

1- Les perspectives économiques de l'Inde

 

1.1- Forte croissance mais pression inflationniste persistante

- Momentanément freinée dans sa croissance par la crise financière (6,7% au cours de l'année budgétaire 2008/09), l'Inde navigue de nouveau à une vitesse de croisière de 8,5% en 2010/11 mais sans doute plus proche de 8% en 2011/12du fait du niveau élevé du prix des matières premières (entrainant un creusement du déficit budgétaire et une pression inflationniste), d'une anticipation de la remontée des taux d'intérêt dans les pays industrialisés (réduisant donc la demande externe) et des craintes sur la zone Euro (entrainant une moindre croissance des exportations).

- Depuis la sortie progressive du plan de relance, l'Inde a fortement resserré sa politique monétaire (taux directeur à 7,50% depuis juin 2011 relevé de 275 pdb depuis avril 2010) pour contenir une inflation annuelle voisine de 8,5% dont la composante produits alimentaires (encore plus de 12% de hausse) est la plus sensible politiquement ; le ministre des finances espère ramener le taux d'inflation autour de 6,7% fin mars 2012. Cette inflation, qui rebondit encore en juin 2011 avec le relèvement du prix de détail de certains produits pétroliers, trouve son origine dans les prix importés (85% de dépendance pétrolière) mais aussi dans les difficultés du pays à équilibrer offre (sous-investissement) et demande (nouvelles habitudes et capacités de consommation) de produits alimentaires.

 

1.2- Des comptes publics favorisés par la croissance mais qui requièrent la mise en place de réformes

- Dans la même veine, la consolidation budgétaire est engagée (8,5% de déficit consolidé en 2010/11 contre 10,3% au cœur de la crise ; objectif de 4,6% de déficit central pour 2011/12 contre 4,7% de réalisé en 2010/11), la tâche étant facilitée par la dynamique naturelle (croissance économique et démographique) mais rendue plus difficile dans un contexte baissier, notamment avec le repli de la croissance.

- L'engagement de ramener à 3,5% le déficit public en 2013/14 (4,1% en 2012/13), à 68% en 2015 le ratio dette publique/PIB (contre 75% début 2011) ainsi que l'introduction attendue en 2012 (ou en 2013 si l'Etat fédéral ne réunit pas le consensus des Etats fédérés) d'une TVA sont des perspectives rassurantes mais dont la réalisation n'est pas acquise notamment avec le poids des subventions aux produits pétroliers.

 

1.3- Un déficit courant chronique dont le financement dépend trop largement des flux d'investissements de portefeuille

- Sur le front externe, le déficit commercial est structurel (les matières premières énergétiques - dont le pétrole avec un taux de dépendance qui atteindra bientôt 90% - et la joaillerie/pierres précieuses représentent à eux seuls 50% des importations totales) mais l'économie indienne bénéficie toujours d'une balance des services généralement excédentaire grâce aux services informatiques offshore (mais déficit en 2011) et surtout de 55 Mds US$/an de remises des travailleurs (record du monde).

- Au total, la balance courante a enregistré un déficit de 3,1% du PIB en 2010 que l'épargne externe finance assez aisément ; en effet l'Inde accède facilement aux prêteurs publics et privés (« spread corporate » AAA à cinq ans entre 150 et 300 pdb) et bénéficie de flux nets d'investissement dont les volumes ont quintuplé depuis 2005 ( 2009/10 : 26 MdsUS$ pour les IDE et 26,1 Mds US$ pour les investissements de portefeuille ; 2010/11 : 19 MdsUS$ pour les IDE).

- Depuis avril 2010, l'Inde a fait face à un afflux massif d'investissements étrangers : bonne tenue de l'activité économique indienne, accroissement du différentiel de taux d'intérêt entre l'Inde et les pays développés, abondance des liquidités sur le marché mondial et retour de l'appétit pour le risque. Cet afflux ne serait pas préoccupant s'il ne se caractérisait pas par un reflux, au moins momentané, de la composante IDE (investissements de long terme freinés momentanément par des reports décidés pendant la crise mais aussi sans doute d'une part du fait du  niveau élevé des cours en bourse et surtout d'un climat des affaires dégradé avec les questions environnementales -notamment l'accès au foncier- et les cas de corruption) et un regain pour les investissements de portefeuille sur les marchés boursiers ; à noter que certains analystes interprètent le recul des flux entrants d'IDE comme la conséquence d'un cycle (après plusieurs années de forte progression des IDE, les investisseurs financent leur expansion par recyclage des cash-flows ainsi générés plutôt que par nouvel apport en capital de l'étranger) et rappellent que les IDE représentent peu de choses par rapport à la FBCF totale.

- Appréciation trop forte de la roupie et la formation d'une bulle (bourse, immobilier), couplée à un arrêt brutal des entrées de capitaux, est le principal risque qui pèse aujourd'hui sur le scénario macroéconomique du gouvernement. A ce jour, les autorités considèrent toutefois que, le niveau du déficit courant et l'accroissement des réserves de change (près de 300 Mds USD soit 10 mois d'importations) permettent de rester confiant même si ces réserves sont plus volatiles que celles qui résulteraient d'une accumulation d'excédents courants.

 

1.4- La poursuite de la marche en avant

Pour continuer sa marche en avant (PIB 1500 Mds US$) et accroître sa part dans l'économie (2% du PIB mondial) et le commerce international (en 2010 1,4% du commerce de biens et 2,1% du commerce de services), l'Inde doit répondre efficacement à plusieurs enjeux :

- En interne, accroître fortement son appui au développement social (faiblesses de l'éducation primaire et secondaire, faible employabilité des diplômés, lutte conte la mortalité infantile et pour la santé maternelle), doubler son effort d'investissements en infrastructures physiques (le XIIè Plan démarrant en 2012 va dans ce sens en passant de 500 Mds US$ sur les cinq ans précédents, soit 4,5% du PIB, à 1000 Mds US$ soit quelques points de PIB en plus : énergie, transports, irrigation, environnement), introduire la TVA, doubler sa croissance agricole (croissance de 4% du PIB agricole) et accroître le taux de transformation des produits de base, atténuer les conflits fonciers (aux condition actuelles, l'Inde perd environ 1,3 points de PIB du fait des conflits fonciers), contenir les foyers de violence (communautés religieuses, naxalites), renforcer les règles de la concurrence, accroître les délégations de service public, combattre la corruption ;

- Avec ses voisins immédiats elle doit rétablir un rapport de confiance (Pakistan : Cachemire, Islamisme), poursuivre ses efforts de normalisation (Bangladesh), contribuer à la stabilité politique (Sri Lanka et Népal) ; lorsque l'on sait que le commerce intra Asie du Sud ne représente que 4% du commerce total de la région, on se représente bien le chemin qu'il reste à parcourir pour faire de la région un accélérateur de croissance ;

- Avec ses grands partenaires commerciaux (Union Européenne, Etats-Unis, Chine), bâtir une relation équilibrée et accepter de poursuivre le jeu d'une libéralisation commerciale régulée.

 

2- La présence économique française en Inde

 

2.1- Des succès commerciaux s'appuyant sur les technologies modernes

Alors que nos échanges commerciaux progressaient de 20% par an pour atteindre 7 Mds Euros en 2007, la crise financière les a momentanément fait ralentir (2008) puis reculer (2009). En 2010 nos échanges ont progressé à nouveau mais plus qu'ils ne l'ont jamais fait (+28%) et, au  rythme actuel,  nos échanges devraient se situer près de 11 Mds Euros en 2012. Toutefois, en ligne avec les perspectives de progression du commerce mondial (6,5% en 2011 contre 14,5% en 2010), il convient de rester prudent : notre commerce bilatéral pourrait lui-même progresser moins vite même si les quatre premiers mois de l'année - progression de 10% seulement - ne reflètent pas la réalité d'une année qui sera marquée par une reprise des livraisons aéronautiques au cours des quatre derniers mois de l'année

Au-delà les perspectives sont encourageantes, notamment pour les exportations françaises vers l'Inde ; en effet de puissants relais de croissance vont se mettre en œuvre progressivement : reprise des livraisons et des commandes aéronautiques, déploiement de notre ambition dans le nucléaire civil et impact du futur accord de libre-échange UE Inde.

Nos entreprises ont su construire leur réputation dans ce pays grâce à leurs performances technologiques : les compagnies aériennes indiennes auront commandé plus de 600 appareils à l'industrie française entre 2005 et 2011 (dont en 2011 : Indigo -180 A320, Go Air -72 A320- et Jet Airways bientôt avec 10 A330 dont 3 en option) et font en partie appel à une motorisation ou à une avionique développées dans notre pays, l'agence spatiale indienne a fait d'Arianespace son opérateur historique, les sociétés françaises dominent le marché des cartes à puce, les autorités locales ont choisi la technologie biométrique de notre pays pour le déploiement du futur numéro unique d'identification, le savoir faire français est largement utilisé dans les infrastructures de téléphonie mobile, les équipements électriques adaptés à la lutte contre le changement climatique (centrales électriques, équipements de transport et distribution, automatismes industriels). Seul le secteur des biens de consommation demeure un débouché étroit en raison de la subsistance de barrières à l'importation et d'un retard dans la mise en place de structures de distribution moderne.

Les mois écoulés depuis l'été 2010, permettent à notre industrie de cueillir les fruits de ces performances avec, hors industrie nucléaire et de défense, des commandes ou perspectives de commandes pour la vente dans le domaine aéronautique (Airbus) la fourniture d'équipements de production électrique bénéficiant notamment à Alstom (cycle combiné au gaz naturel, centrales thermiques), de matériel roulant ferroviaire (Alstom pour le métro), de technologie biométrique (Safran Morpho pour l'Autorité d'identification unique),...

En y ajoutant, lorsqu'ils seront signés, les contrats phares annoncés dans le nucléaire (2 EPR Areva pour NPCIL) et l'industrie de défense, nos entreprises auront totalisé environ 25 Mds euros de commandes.

 

2.2- Des efforts d'investissement et de partenariat pariant sur les hommes et s'inscrivant dans la durée

La déclaration conjointe France Inde de janvier 2008 avait fixé comme objectif le développement significatif de nos investissements directs. La mobilisation de nos entreprises est telle que l'on peut considérer que cet objectif est dépassé. Deux fois plus d'établissements permanents qu'en 2005, 4 fois plus d'emplois (200 000, en majorité qualifiés) dans nos filiales établies pour satisfaire le marché domestique ou régional (95% des emplois créés), parfois afin de contourner les barrières à l'entrée, et parce qu'il est nécessaire de s'implanter près des clients pour leur livrer des biens et des services dans de bonnes conditions. Plus de 10 Mds euros d'investissement direct (fonds propres et dette) auront été réalisés par nos entreprises entre 2008 et 2012. Cette dynamique jamais atteinte auparavant continuera à s'accélérer au fur et à mesure que l'Inde ouvrira plus largement ses portes aux capitaux étrangers (commerce de détail, banque de détail, assurances, industrie de défense,...).

Tout comme en matière de contrats commerciaux, nos investisseurs ancrent pour longtemps leur présence économique par leurs engagements.

Il en est ainsi de nos constructeurs et équipementiers automobiles qui, principalement pour servir le marché domestique et régional, mettent en œuvre des stratégies d'implantation, par exemple sous forme d'accords de long terme avec le gouvernement du Tamil Nadu pour plus de 1,3 Md euros (alliance Renault Nissan et Michelin). C'est aussi le cas par exemple de nos entreprises du secteur des matériaux de construction (plus de 1 Md euros d'investissement récent ou proche entre Lafarge et Vicat), des gaz industriels (Air Liquide) ou de l'hôtellerie (Accor pour atteindre 90 hôtels en Inde d'ici 2015).

En matière d'infrastructures et de développement durable nos leaders mondiaux s'engagent résolument dans la gestion des services publics de l'eau (Veolia et GDF Suez avec notamment  pour le premier en perspective un contrat de distribution sur 25 ans dans la ville de Nagpur), dans le domaine de la construction ou des équipements pour l'énergie électrique (Alstom, Areva, Schneider Electric, Legrand, Vinci), de la construction et de la gestion autoroutière (Egis, Vinci) encore dans les matériels ou l'exploitation de lignes de transport sur rail (Alstom, Veolia Transport).

Les groupes Carrefour (distribution), Danone (produits laitiers) et Soufflet (céréales), les coopératives Limagrain (semences) et Axereal (malt), Semmaris Gressard (marché de gros de l'Haryana) et d'autres encore donnent ou sont sur le point de donner une nouvelle dimension à notre présence agroalimentaire en Inde.

 

Jean Leviol
Juin 2011

 

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