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Réglages conjoncturels et réformes structurelles

Réglages conjoncturels et réformes structurelles, Inde décembre 2010

 

Par Jean-Christophe GOARIN

Gérant de GOA Consulting à New Delhi

 

L'économie indienne sort renforcée de la crise des subprimes, ayant connu tout juste un petit ralentissement (6,9% de croissance en 2008-2009), et un assèchement temporaire des financements début 2009. Elle se retrouve maintenant plus clairement promue au rang des deux grandes économies émergentes, en termes de rythme de croissance, si ce n'est de taille. La croissance du PIB, pour l'exercice qui se terminera fin mars 2011, devrait en effet atteindre plus de 8,5% et dépasser 9% l'année suivante.

 

Mais elle est maintenant la proie d'une maladie plus insidieuse et tout aussi inquiétante, l'inflation, qui oblige les pouvoirs publics à un délicat exercice de réglage conjoncturel : comment freiner les effets des mesures de soutien à l'économie, mises en place en 2009, sans affecter trop l'activité économique. Il faut dire que l'inflation commence à pincer sérieusement, d'autant plus qu'elle se manifeste encore plus vivement dans le prix des denrées alimentaires. L'inflation de décembre s'établit à 7, 6%, mais à 18% pour les seuls produits alimentaires. Ce sont les fruits et légumes les plus touchés (tomates,  oignons), contrairement aux céréales, mais ce sont bien eux qui sont les plus sensibles dans l'esprit des ménages. Les mesures d'urgence de ces dernières semaines, baisse des droits de douane sur les importations de produits pétroliers, et programme d'urgence d'importation d'oignons ! donnent bien la mesure de la pression de l'opinion et des médias dans ce domaine hyper-sensible.

 

Mais la gestion de la crise par les autorités indiennes n'a pas fait l'objet de beaucoup de critiques: la Reserve Bank of India a été très proactive en début de crise: baisse de 400 points de base des principaux taux directeurs, injection de liquidités; de même, le Gouvernement a soutenu l'activité en augmentant de 16% les dépenses gouvernementales en 2008-09; c'est ainsi que la part des services sociaux dans les dépenses du gouvernement central ont quasiment doublé entre 2003 et 2009, passant de 10,5% à 19,5%.

 

Le système financier a confirmé sa bonne santé, les stress tests grandeur nature de 2009 ont démontré que la réputation de rigueur de la supervision financière de la Reserve Bank of India était bien méritée. En réalité les banques indiennes, à l'exception de l'une d'elles, ICICI, étaient très peu exposées aux créances pourries américaines. En tout cas, la solidité du système bancaire indien est maintenant bien reconnue comme un atout pour le pays.

 

Mais si l'Inde est maintenant bien installée sur une trajectoire de croissance rapide, il n'en demeure pas moins que d'énormes défis structurels restent posés: déficits publics chroniques, base et système fiscal peu performants, base industrielle faible, et infrastructures en retard et lentes à s'améliorer.

 

Les déficits budgétaires, fédéral et ceux des Etats, restent très élevés (11% en 2009-2010, ramenés à 6% cette année), mais les taux de croissance de la collecte des impôts directs et indirects (+43% pour les impôts indirects sur sept premiers mois de l'année fiscale, +11% pour l'IR malgré des baisses datrux qui avaient fait anticiper une baisse) donnent des marges de manœuvre appréciables.

 

Néanmoins, l'exercice est compliqué par l'esprit d'indépendance farouche des Etats, particulièrement ceux qui sont gouvernés par des partis opposés à l'alliance formée autour du Parti du Congrès. L'introduction de la TVA en 2006 avait été une grande avancée obtenue grâce à des compromis, mais la mise en œuvre de la GST - Global Sales Tax -, qui remplacera un système archaïque de taxes locales indirectes, se heurte à de fortes résistances, et a dû être repoussée à avril 2012 au mieux. Globalement, la charge fiscale reste particulièrement faible en inde, à 18% du PIB (46% en France).

 

La modernisation du système fiscal indien est, on le voit, une œuvre de longue haleine, d'autant plus nécessaire que le volet social est condamné à durer, dans un pays où l'extrême pauvreté nécessite des programmes d'aide soutenus (cartes de ration, emploi minimum dans les familles sans emploi,...). La réforme récente des prix de l'essence est d'autant plus courageuse dans le contexte d'inflation, même si le gouvernement n'est pas allé jusqu'à supprimer les prix administrés pour le gazole et le pétrole lampant.

 

Contrairement à son grand voisin chinois, le commerce extérieur indien est structurellement déficitaire, de l'ordre de cent milliards de dollars par an. Ceci reflète la faible part du secteur industriel dans l'économie (28% en Inde, 46% en Chine).

 

Le déficit commercial est compensé par les flux de capitaux: investissements de portefeuille (en Bourse), par les investisseurs institutionnels ; remises de la diaspora indienne (45 milliards de dollars, premier rang mondial) ; emprunts financiers à l'étranger, strictement contrôlés par les autorités ; et enfin Investissements directs étrangers, de l'ordre de 45 milliards également). Ce qui met l'Inde en position relativement confortable, (balance des paiements positive de quinze milliards $, réserves de change de 300 milliards), même si les flux de portefeuille sont très volatils, comme on l'a vu en 2008.

 

Deux autres sujets, plus immatériels, constituent un handicap pour le pays :

●    En matière de gouvernance, les derniers mois ont vu se détériorer l'image d'intégrité du Parti au pouvoir, à l'occasion de deux cas récents: les Jeux du Commonwealth, en septembre, ouverts dans une atmosphère d'impréparation et d'improvisation, ont suscité des accusations de corruption largement partagées dans l'opinion publique.

Plus récemment, les soupçons de corruption liés à la procédure d'attribution des licences télécom 2G : le chiffre circulant largement est de quarante milliards de dollars de manque à gagner de recettes pour le Trésor, et au profit des dirigeants du Congrès et de leurs alliés. Ces soupçons, justifiés ou non, sont largement exploités par l'opposition, et génèrent  en tout cas une atmosphère de défiance vis-à-vis des élites politiques.

●    Plus généralement, on observe une difficulté à mener des programmes industriels ou d'infrastructure d'envergure: on a cité le cas des Jeux du Commonwealth, peu remarqué dans les milieux francophones, mais qui ne sont pas passés inaperçus dans les pays voisins. On peut rajouter le décalage systématique de tous les grands projets miniers et sidérurgiques internationaux dans l'Est du pays, certains projets immobiliers. Les plus grands noms des milieux d'affaires indiens, comme par exemple Tata Motors, se sont brûlé les doigts dans des projets industriels qu'ils ont dû annuler ou déplacer.

 

A l'évidence, il manque des procédures d'expropriation claires et équitables pour les projets d'utilité publique, comme on a pu en avoir en France pour mener les grands projets d'infrastructure pendant les Trente Glorieuses.

●    L'industrie nucléaire est un autre exemple de secteur où les convolutions politiques sont un handicap pour la construction en temps des centrales qui font pourtant cruellement défaut.

●    Tout ceci confirme que l'Inde a un vrai déficit dans le « soft » de gouvernance si l'on en juge par ses piètres classements  en matière de facilité à y faire des affaires (134e rang) et de corruption (87e rang). Doter le pays d'un ensemble de règles acceptées pour mener plus efficacement les projets d'infrastructure fait vraiment partie des challenges des années à venir.

 

En conclusion, c'est un gigantesque challenge qui attend les Indiens s'ils veulent relever les défis des décennies à venir. Il leur faudra bien leur optimisme traditionnel pour y faire face, tout en restant classés en tête des peuples les plus optimistes du monde.

 

 

 

Sources, remerciements : CLSA, Mission économique New Delhi.

 

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